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mutualisation de lieux physiques

Mutualisation de lieux physiques

Introduction

Afin d’explorer le(s) lien(s) de causalité potentiels entre la coopération autour d’un « lieu physique » et la mise à l’échelle des acteurs qui participent à cette coopération, nous avons mis en œuvre trois ensembles d’activités de recherche. 

Le premier « ensemble d’activités » (living lab « lieu fédérateur ») s’est construit et développé à partir du constat que nous avions dressé durant les neuf premiers mois de la recherche. Il vise à penser et expérimenter la co-construction d’un lieu commun aux alternatives bruxelloises dans leur ensemble, qui jouerait le rôle de vitrine et catalyseur de leurs projets de société alternatifs. Ce premier projet, ambitieux, a subi des évolutions au cours des neuf derniers mois. 

Les apprentissages et les réflexions qui ont accompagné l’expérimentation de ce living lab #1 ont mené à la mise sur pied d’un second ensemble d’activités, recentré sur l’expérience et la mise à l’échelle des membres du consortium. En particulier, est apparue la question liée au lieu qu’occupe Financité (le « Bota 75 ») et aux faibles coopérations que ce lieu partagé génère entre ses occupants à l’heure actuelle. Nous avons donc saisi l’opportunité de traiter de façon un peu différente la question de recherche, en instituant le living lab « Bota 75 ».

Enfin, à l’interface de ces deux livings labs, nous avons choisi, afin de répondre aux recommandations reçues suite au premier comité de suivi du projet, de mettre en œuvre un état de l’art co-créé, lié à la coopération/mutualisation autour d’un lieu physique. En effet, la mutualisation de ce type de ressource n’est pas une idée réellement neuve, même si de notre point de vue, elle n’a jamais vraiment été abordée sous l’angle spécifique de la mise à l’échelle. Ainsi, il nous semblait nécessaire de lister et rencontrer ce type de lieux à Bruxelles (« Lieux inspirants »), mais aussi potentiellement ailleurs en Belgique ou en Europe.

 

Etat de l’art co-créé

Nous avons élaboré une première liste de questions à poser à une courte liste de quelques lieux à rencontrer et nous avons ensuite adapté nos questions et cocréé le reste des lieux à rencontrer. Au total, nous avons étudié les cas de U-square, Communa, Bota75, Carrefour19, Coopcity, Villages partenaires, Smart, Mundo B, Impact House. Et rien n’empêche de poursuivre ce travail.

Il est déjà clair que la question de la coopération autour d’un lieu mutualisé intéresse tout le monde. Et que l’ensemble des personnes interrogées s’accordent à dire que la coopération ne se décrète pas. Elle nécessite animation, incarnation, coordination, aménagements spécifiques. A priori, un lieu peut être partagé par des occupants très divers (on a rencontré peu d’objections à ce niveau) mais rien n’indique non plus que la diversité soit absolument essentielle.

Tout le monde semble aussi très au fait de la question de l’évaluation de l’impact même si rares sont les personnes qui considèrent avoir à la fois le temps et les moyens de réellement étudier une mise à l’échelle via des partenariats. Ce qui est d’autant plus regrettable que certaines organisations vivent une fragilité qui pourrait peut-être être résolue via une mutualisation et que certains projets ambitieux (cf. le hub humanitaire) n’auraient pas pu voir le jour sinon.

 

Lieu fédérateur

À l’automne 2018, nous avons réuni autour d’une même table les alternatives ayant initié une dynamique autour de la création d’un ‘Headquarters for Change’ bruxellois. Les co-chercheurs et partenaires principaux au cœur de cette dynamique sont les acteurs suivants : Bral et Communa, tous deux membres du comité de pilotage de Mutualisons. Dans la mesure où ces acteurs avaient d’abord pensé leur projet sans lien avec Mutualisons, nous avons tout d’abord dû faire converger nos intérêts et objectifs respectifs. 

 

Phase 1

Durant plusieurs mois, Bral, Communa et Mutualisons ont organisé un processus de co-création afin de « designer » les fonctions que devraient comprendre le lieu, qui l’occuperaient et dans quelle temporalité la mise en œuvre pourrait être effectuée.

Un atelier public s’est tenu le 26 novembre 2018 afin d’élargir le public impliqué dans la co-construction de cette mutuelle.

Suite à cette première phase du processus de co-construction d’un lieu mutualisé, nous avons pu tirer les apprentissages suivants :

De façon générale, ce lieu est projeté comme :

  • un endroit fédérateur des initiatives citoyennes et associatives ;
  • un catalyseur d’initiatives citoyennes et de collaboration;
  • une vitrine du mouvement que nous construisons et du modèle de la société que nous défendons;
  • un lieu en gestion collaborative, dynamisé par et pour des citoyens où tout un chacun peut venir lancer des initiatives ;
  • un lieu temporaire qui pourrait, un jour, devenir durable.

Il est entrevu comme un lieu de rassemblement, autour de principes fondamentaux :

  • but non-lucratif ;
  • visée de bien commun (solidarité, égalité, justice sociale, écologique) ;
  • gestion démocratique (holacratie, horizontalité) ;
  • autonomie de gestion.

Selon les différents profils des participants au premier atelier de co-création, la méthode utilisée a produit un scénario orientant l’organisation de ce lieu autour de quatre « fonctions » complémentaires : une fonction sociale, une fonction culturelle, une fonction économique et une fonction environnementale.

 

Phase 2

Suite à cet atelier, les porteurs de cette mutualisation ont éprouvé des difficultés à structurer une suite concrète (réunion annulée, difficultés à remobiliser le public dans un objectifs clair et précis). Il a donc été décidé de recentrer les énergies autour de Bral, Communa et Mutualisons afin de trouver un lieu avant de remobiliser les potentiels autres porteurs de la construction du lieu. En mars 2019, nous avons participé à la visite du Tri Postal – un espace à occuper de manière temporaire.

En filigrane de cette baisse d’énergie, nous identifions, en tant que co-chercheur, une difficulté à définir de façon claire, consensuelle et réaliste l’ambition du lieu partagé et de la communiquer vers le public-cible. A cela s’ajoute le fait de travailler à la conceptualisation d’un lieu qui n’est pas encore déterminé physiquement : localisation, taille, configuration, opportunités offertes, etc.

 

Du point de vue de Mutualisons, nous avons également éprouvé des difficultés à convaincre les autres co-chercheurs de mettre la question de l’impact et de la mise à l’échelle au cœur des objectifs de ce projet de mutualisation. Ici, les questions et objectifs de la recherche se sont fortement heurtés aux objectifs d’action portés par les co-chercheurs non membres du consortium (Bral et Communa).

 

La visite du Tri Postal a également fait émerger la question de l’identité de ce lieu : alors que le Bral portait plutôt un projet de lieu fédérateur et de vitrine, Communa a travaillé sur ce projet en mobilisant son public et en accompagnant une réponse commune à l’appel à projet pour occuper ce lieu lancé par la commune de Saint-Gilles. C’est donc assez naturellement que la proposition de Communa s’est retrouvée très proche de son ADN, à savoir une occupation qui permet l’éclosion de petits collectifs. Ce constat permet de mettre en avant la difficulté pour chaque acteur engagé dans la co-construction de cette mutuelle de sortir de sa façon de faire habituelle.

 

La question du changement d’échelle est également au cœur de cette différence de vision entre ces deux acteurs : alors que Communa met à disposition ses bâtiments à des petites initiatives qui s’y structurent ou testent quelques idées, le projet du Bral était résolument tourné vers une plus grande mixité des acteurs qui utiliseraient ce lieu afin que de plus grosses organisations y organisent des activités afin de faire converger leurs luttes et d’augmenter leur impact en espérant mieux se faire entendre, croiser les publics et se positionner en tant que réel ‘Headquarters for Change’.

 

Phase 3

Dans ce contexte, notre rôle en tant que membre du consortium a été de poser clairement la question de la façon de réorienter la mise en œuvre de la construction de ce lieu mutualisé.

Nous avons réuni le Bral et Communa le 30 avril 2019 pour mieux cerner quels étaient les objectifs et impératifs de chacun.

Nous avons mieux défini les objectifs du lieu « fédérateur » positionné en tant que ‘Headquarters for change’. Communa a décidé de faire un pas de côté et de laisser Bral et Financité tester cette idée auprès des alternatives bruxelloises. Néanmoins, si ce projet se voyait plébiscité, Communa serait alors prêt à co-construire ce lieu avec cet ADN « lieu fédérateur » et donc différent de ce qu’ils font en temps normal.

Financité et Bral ont mis sur pied un questionnaire envoyé à une centaine d’associations travaillant en région bruxelloise pour comprendre quels étaient leurs besoins et leur envie concernant un lieu mutualisé. Il a également été demandé de se positionner sur la proposition de « lieu fédérateur ».

Une vingtaine d’organisations ont répondu au questionnaire et ont confirmé qu’avoir un lieu pour mener leurs activités étaient nécessaire. La plupart d’entre elles ont également mentionné le fait que pour mieux mobiliser autour de leurs actions, un autre lieu leur serait utile.

La presque totalité des répondants ont approuvé l’idée du lieu fédérateur énoncée comme suit :

« BRAL, Financité et Communa ont ainsi fait émerger l'idée d'un lieu fédérateur pour les alternatives bruxelloises, celles-ci pourraient y organiser de manière permanente ou ponctuelle leurs activités. Les usager.e.s du lieu auraient alors la certitude de trouver en un espace reconnu et facilement identifiable des activités utiles pour transformer Bruxelles au quotidien. Grâce à un nombre important d’événements pour des publics différents, ce lieu serait la vitrine d'un modèle de société plus équitable, solidaire et démocratique. Une place serait également prévue pour des initiatives émergentes afin qu’elles puissent trouver un endroit où éclore et se développer durablement dans la ville. »

La quasi-totalité des répondants souhaiteraient y mener des activités permanentes ou ponctuelles. Il s’agirait en général d’activités de débat, d’ateliers d’éducation permanente, de lieu de rencontre des bénévoles mais ceux souhaitant y organiser des activités permanentes sont des organisations qui voudraient installer une outil-thèque ou avoir des résidences d’artiste. Toutes ces activités répondent aux fonctions qui avaient été identifiées lors de l’atelier de co-recherche du mois de novembre 2018 : environnementale, sociale, culturelle et économique.

Cependant, seules les organisations souhaitant organiser des activités permanentes seraient prêtes à s’investir dans la création et la gestion du lieu, alors que les autres s’engageraient seulement sur une aide ponctuelle.

 

Suite à cela, deux scénarios peuvent donc être élaborés :

  • travailler avec les organisations qui souhaitent gérer ce lieu pour le mettre en œuvre – la mise en œuvre pourrait être accompagnée par Communa ;
  • trouver un lieu qui permettrait de tester pendant une durée limitée (1 ou 2 mois maximum).

Nous pouvons tirer la conclusion que le processus de co-construction s’est réaligné selon les compétences de chacune des organisations avec une intervention dans cette co-construction au moment adéquat (Financité et Bral pour le questionnaire « coup de sonde » chez les alternatives) et Communa pour la compétence « mise en œuvre opérationnelle du lieu ».

Un positionnement plus fort a pu être posé sur la proposition claire du lieu fédérateur à l’aide du questionnaire envoyé. Les réponses collectées ont également permis de mener une analyse plus fine des besoins de chaque organisation en ce qui concerne la mutualisation d’un lieu. Plus généralement, les derniers mois de travail sur ce lieu mutualisé ont permis d’identifier plus finement quel « type » de « ressource lieu » pourrait être expérimenté au sein du projet Mutualisons et qui serait prêt à y participer.

Enfin, la question de l’impact des organisations prêtes à mutualiser ce type de lieu a été plus finement fouillée, il ressort que ce lieu pourrait permettre de mettre plus en réseau des alternatives, de permettre leur renforcement, mais aussi de converger les luttes, de croiser des publics, de créer des collaborations, de l’émulation et d’augmenter l’écho du message porté par ces alternatives.

C’est principalement en agissant sur un croisement des publics et en donnant l’image d’une unité que cette mutuelle pourrait permettre un changement d’échelle.

 

Bota75

Les occupants du BOTA75 (Médecins du Monde, Vluchteligenwerk, SAW-B, NewB, Financité) partagent déjà énormément : le bâtiment qui abritent leur sièges sociaux et toute la gestion de ce lieu. Sans oublier les salles de réunion partagées ou l’accueil centralisé. C’est déjà énorme. Autant de temps passé à la mission sociale de chaque organisation et des économies en espèces sonnantes et trébuchantes…

Force est pourtant de constater que le partage d’un bâtiment n’aboutit pas automatiquement à des coopérations renforcées (coordonner différentes activités pour ne pas se faire concurrence, voire créer des synergies) ou stratégiques (concevoir ensemble des activités pouvant rencontrer les différents publics).

Impressionnant aussi de voir comme le simple fait de parler du projet Mutualisons a pu aboutir à des débuts de coopérations entre les occupants du Bota75.

L’expérimentation consiste dès lors à tester des conditions favorables à de plus ambitieuses collaborations. C’est ainsi qu’a été constitué, via de multiples rencontres bilatérales au cours du 1er semestre 2019 et puis officiellement lors du premier atelier ainsi estampillé, le 13 juin 2019, le living lab Bota75. Plusieurs axes de coopération possibles ont été identifiés et, pour chaque axe, les effets attendus pour les personnes travaillant dans ces organisations, leurs publics ou les organisations elles-mêmes (et l'écosystème qu’elles forment).

  • Mise en place de plateformes physiques ou virtuelles pour favoriser la connaissance mutuelle (condition nécessaire à toute coopération)
  • Favoriser l’approvisionnement en alimentation saine auprès d’une entreprise de l’économie sociale (bien-être des personnes et réorientation des flux financiers pour favoriser l’écosystème)
  • Partage d’expertise (IT, RGPD, centre doc): montée en compétences/efficacité (qualité et coût)
  • Demande du label entreprise eco-dynamique (crédibilité, visibilité)
  • Croisement de publics et offre intégrée (meilleur service à un plus grand nombre)

 

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