Identité des alternatives

Les alternatives, un mouvement identifiable?

Emergence d’une identité commune aux alternatives bruxelloises

Sommaire

  • Introduction
  • La définition retenue au départ
  • Les apports d’une revue de littérature
  • Les apports du terrain
  • Synthèse
  • Conclusion
  • Perspectives

Il apparait compliqué, voire non pertinent, de proposer une définition arrêtée des alternatives bruxelloise. D’une part, la littérature ne propose pas une seule voie, mais tend à montrer une multitude de notions permettant de dresser les contours de cet objet de recherche.

D’autre part, les alternatives de terrain elles-mêmes ne développent pas une définition coordonnée ou similaire selon leurs différents contextes d’action.

On ne se risquerait pas à grand-chose en affirmant cependant que dans le contexte du projet, les deux éléments suivants seraient au moins à retenir. Pour être considéré comme une alternative, il convient de mettre en œuvre :

  • « une activité concrète » : répondre à des besoins sociaux réels en RBC et satisfaire une forme d'intérêt commun (qui ne peut pas se résumer à une somme d'intérêts particuliers), c'est-à-dire avoir un « impact positif » ou à tout le moins en avoir l'intention et les moyens de créer cet impact (« expérimentation ») ;
  • « visant à construire une forme de viabilité et de résilience pour la ville », c'est-à-dire mettre en place un mode de fonctionnement compatible avec la préservation de rapports sociaux harmonieux et entre l'être humain et son environnement (« durabilité »).

Néanmoins, il semble également pertinent de relever un ensemble plus important de dimensions/critères qui permettraient de dessiner les contours de ce mouvement protéiforme.

Vers un ensemble de critères ?

Une première porte d’entrée d’analyse a été de relever un certain nombre de critères de contenu permettant de dessiner le contour d’une alternative. En fonction des activités réalisées, une liste de critères a été établie, à partir des contenus qui ont émergés. Il a ensuite été choisi de discriminer ces critères selon trois catégories/dimensions et de les représenter comme les contours d’un périmètre reprenant le « quoi », le « comment » et le « public ».

Le projet – le quoi et le pourquoi

Le projet et son caractère non/anti-capitaliste semble être une information nécessaire à prendre en compte. En outre, le projet doit se caractériser par une ambition transformatrice (changement sociétal) à visée systémique par rapport au fonctionnement du système dans son ensemble ou d’un secteur en particulier au sein du système capitaliste ; il faut donc que ce projet soit concret, soit en expérimentation. Il doit également rendre durable quelque chose qui ne l’était pas, avoir un impact positif (propagation) sur la durabilité de la ville et de la société en proposant une nouvelle façon, plus soutenable de répondre à un besoin sociétal au sein d’un secteur d’activités.

Le statut – le comment

La question du comment est probablement la plus épineuse pour tenter de définir un ensemble cohérent. En effet, il n’y a pas de tendance marquée. Le statut des projets est en quelque sorte non déterminé, et chacune des alternatives concernées peut se situer sur un axe entre « aucun statut » et « entreprise économique ». Lorsque le projet détient un statut ou une structure juridique, il est important de se demander de quelles valeurs sont constituées ces structures juridiques et comment elles sont traduites dans le mode d’organisation. Une structure juridique ne semble pas meilleure en soi, même si nombreux sont les acteurs qui participent à défendre les principes de l’entreprise coopérative.
En tout état de cause, il est important d’affirmer que l’objet social du projet ne peut pas être un objectif d’enrichissement (lien avec le caractère anticapitaliste du projet), même s’il peut s’agir d’un projet entrepreneurial consistant à créer un ou plusieurs emplois. A cet égard, un principe de transparence apparaît comme important, ainsi que celui de la taille. L’indépendance et la réflexivité par rapport au projet sont également des caractéristiques du comment.

Le public – avec qui et pour qui

Enfin, la question du public apparaît aussi assez nettement dans les échanges de co-construction avec les acteurs de terrain. Il semble nécessaire, pour être une alternative, de s’ouvrir à la participation des gens, du public, des bénéficiaires, même s’il n’y a pas d’accord sur le fait que les projets doivent être collectifs. Le fonctionnement participatif, horizontal, inclusif semble très prégnant, en tout cas dans l’intention, tant au niveau des acteurs que de la littérature. On touche ici à la notion d’accessibilité et de réappropriation des projets par les publics concernés.

Conclusion

Les éléments contenus dans cette première note de synthèse permettent de dresser des pistes de réflexion plus précise. La notion d’alternative demeure moins floue. Nous pourrions plutôt la considérer comme englobant un certain nombre d’aspects. Pour autant nous n’avons pas tranché ou choisi concrètement les aspects à retenir comme excluant. Nous restons donc à ce stade dans une démarche très ouverte sur les publics et acteurs que nous considérons comme des alternatives.

Ce constat demeure en débat entre les quatre partenaires de la recherche. Pour certains, il faudrait trancher davantage ; pour d’autres, une définition plus ouverte offre davantage d’avantages et présente moins de conceptions « de principes ». Nous pouvons relever ici ce qui serait les risques et les opportunités de conserver une approche plus ouverte plutôt qu’une approche plus excluante.

Au niveau des risques, nous relevons :

  • rester flou, dans l’exploration de la notion, sans définir de limites claires, peut nuire à la réception de notre message et la clarté du projet ;
  • des conflits pourraient advenir dans le cadre des mutualisations concrètes si des acteurs trop différents sont autour de la table ;
  • la frontière entre économie sociale et social business/entrepreneurs sociaux apparaît comme cruciale pour certains membres du consortium, il serait intéressant de proposer pour une fois de « trancher » ;

Au niveau des opportunités, nous relevons :

  • une notion plus englobante permet une convergence plus grande entre des acteurs différents et apparaît logique par rapport à l’idée de coopération ;
  • par conséquent, la capacité à inclure des publics plus larges est davantage garantie pour la suite du projet ;
  • trouver le(s) dénominateur(s) commun(s) et convergence apparaît comme plus stratégique que de déterminer les divergences ;
  • les acteurs de terrains ne semblent pas revendiquer de faire partie d’un ensemble hyper déterminé par des façons de faire auxquelles il faudrait se conformer ;
  • en vertu de quoi pourrions-nous porter un jugement « normatif » ce qui fait qu’une alternative est plus alternative qu’une autre (l’une peut être parfaite mais n’entrainer avec elle qu’un public réduit, l’autre peut être imparfaite mais embarqué un nombre plus important de publics. Laquelle des deux opère un changement d’échelle pour la transformation de la société ?)

L’identité, un frein à la coopération ?

Entre octobre 2018 et juillet 2019, nous avons pu enclencher de façon plus concrète les différentes mutualisations envisagées et les ateliers organisés ont généré un certain nombre de données. Grâce à ce cadre de définition des alternatives, le consortium et les mutualisations pourront progressivement établir des lignes rouges qui marqueront le fait d’accepter ou non de coopérer.

Nous observons également, au cours de notre processus de recherche, si et comment la volonté d’effectuer un changement peut être liée à la mission d’une organisation, sa stratégie, sa gouvernance ou sa structure juridique.

Ce qui se traduit par les trois questions suivantes, reliant « identité des alternatives » et « coopération pour une mise à l’échelle » :

  1. Est-ce que le manque de coopération peut s’expliquer par une divergence relative à la mission, la stratégie, le mode de gouvernance ou sa structure juridique ?

  2. Quels sont les critères excluants pour la coopération ?

  3. Comment la question de l’impact des alternatives s’inscrit-elle dans leur identité ? Quels « profils » d’organisation sont adaptés à « quelles » stratégies de mise à l’échelle ?

Le contenu de cette seconde note émerge donc de la mise en œuvre des différents living labs – Système d’échanges, Lieu Bota75, Données – et vise à questionner le bien-fondé de l’hypothèse de travail du projet : « pour coopérer, il faut nécessairement partager une identité commune », c’est-à-dire (en vertu de ce qui a été énoncé ci-dessus), partager soit un ensemble de valeurs et de missions générales communes (le quoi), soit un ensemble de modes de fonctionnement communs (le comment).

Sommaire

  • Introduction
  • Le système d’échange (SEM) : la cooptation pour la coopération, sans critère préétabli
  • La mutualisation de données – In Common et les ateliers
  • La mutualisation d’un lieu
  • Conclusion

Bien que les processus de mutualisations n’en sont qu’à leur début pour la plupart, il est déjà possible de tirer quelques embryons de réponses aux trois questions posées dans ce dispositif exploratoire.

Tout d’abord, à travers les exemples du Bota75 et de l’atelier (pas encore mis en place) thématique finance alternative, le manque de coopération peut s’expliquer par une divergence liée aux publics visés mais aussi à la mission et au mode de fonctionnement des alternatives concernées dans ce cas. Ce constat reste néanmoins étroitement lié à ces deux expériences et ne peut encore être généralisé à l’heure actuelle.

Alors que des exemples comme In Common et la position de Financité sur la finance alternative montre que la ligne de démarcation se trouve sur les principes de l’économie sociale, il a été constaté que les petites structures d’initiatives de transition (portées par des associations de fait et/ou collectifs bénévoles) ont moins montré de signes de sensibilité à ces principes lors des ateliers organisés avec elles.

Il est aussi intéressant de noter que les alternatives se regroupent derrière un « quoi » général de la transition et des communs mais il existe peu de moyens transparents et/ou efficaces mis en place pour objectiver le fait que leurs actions soient conformes à ces principes.

Enfin, selon les actions menées à ce jour, la question de l’impact, pourtant nécessaire à une mise à l’échelle, est encore trop souvent inscrite dans l’identité des alternatives comme un défi compliqué à relever.

Quelles connaissances peuvent être tirées en termes d’émergence / existence / recherche d’une identité commune aux alternatives bruxelloises ? Les mutualisations – leur échec, leur réussite – dépendent-elles de cette identité ?

En termes d’identité communes aux alternatives s’engageant dans un processus de mutualisation de ressources, il est à ce stade encore hasardeux de formuler des conclusions figées. En effet, nous en sommes au tout début des mutualisations concrètes. Par contre, nous sommes en mesure d’observer assez nettement qu’il n’y a pas, actuellement, de régularité observée. En effet, les freins ou les contraintes à la coopération liées à l’identité sont d’intensité variée selon les types de ressources en jeu : dans les cas qui nous occupent, nous avons remarqué une contrainte forte posée dans le cadre d’In Common (mutualisation de données géolocalisées), et une contrainte assez faible dans le cadre du système d’échange. Dans le cas de Bota 75, nous ne pouvons tirer de conclusion, car les mutualisants étaient déjà rassemblés auparavant. Dans le cas du lieu fédérateur, il semble que ce soit les questions des publics et la taille des organisations qui aient freiné le premier processus enclenché.